-" Mais de quoi tu ne me parles pas exactement? Qu'est-ce que c'est que cet égotisme que tu portes si mal? Je fais ce dialogue maladif et stérile, je renvoie des mots et des idées d'un hémisphère à l'autre de mon cerveau, je les écris sur tout ce qui existe de discret, je les triture en n'en peux plus de les mâcher...Et pourtant les quelques sons que tu dois me dire, ceux auxquels j'aspire, ceux que mes oreilles guettent ne viennent désespérement pas... En 18 mois, j'ai perdu la femme que j'aime et tout espoir d'une relation avec elle. "Amitié- amoureuse? Mais ma pauvre, que moi, complètement perdu et me raccrochant à n'importe quoi j'en fasse un phare, passe encore, mais que toi tu oses y penser et me le proposer! Pour ensuite continuer ta marche en arrière! Je suis comme un chiffon sale, décousu, effiloché, porté par tous les vents depuis plus de 500 jours, ne connaissant ni le Nord, ni l'Ouest, ni le Sud pas plus que l'Est. J'ai perdu ma superbe et ce chatoiement qui t'avait fait me prendre et me coudre à même ton coeur. Je ne suis plus qu'un haillon dont chaque déchirure témoigne de son abandon total. J'ai été balloté, emporté, noyé, trainé, déchiré, broyé, j'ai sombré plus loin que je ne l'aurais jamais cru. M'accrochant aux épines, m'imbibant des eaux saumâtres et puantes, souffrant des brûlures du soleil et des gelées nocturnes, j'ai gardé toute mon attention tournée vers toi. J'en ai perdu mon emploi, mes amis, ma famille, mon avenir. J'ai été faible, lâche, misérable, pitoyable; je suis faible, lâche, misérable, pitoyable. Mais je n'y peux rien, j'ai le mal de toi et ça ne se guéri pas.
Bien sur, tout celà sonne étrangement à ton oreille. Ta nouvelle vie, tes projets, tes demains si riches de promesses sont une marée qui t'entraine encore plus loin de moi. Tu lis ceci parce que une odeur, un son, une image ou un mot t'ont rappelé qu'un jour nous avons existé. Tu es allée chercher quelques mail dans une vieille BAL pleine d'octets poussièreux. Au début tu es vaguement excitée, tu as l'impresion de rajeunir et la rémanence de ces étreintes est encore là, qui te berce. Mais très vite la Tam d'aujourd'hui ne reconnait plus celle d'hier. Tu regardes, incrédule, ces phrases et ces sentiments étalés là sous tes yeux. C'est comme ouvrir une vieille boite de souvenirs, quand on se demande comment on a pu trouver ces jeux si passionants. Quand nos yeux d'adultes voient toutes les grosses ficelles qui ont tenu nos rêves d'enfant, et que l'on se sent vite obligé, quelque peu géné, de refermer à jamais ces souvenirs impudiques qui ne s'accordent plus avec le présent. "
Lom se rasseoit. Il ferme les yeux.
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